Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et modifiant diverses dispositions

Titre complet:
Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et modifiant diverses dispositions

Résumé#

Le projet de loi 13, présenté par le ministre de la Sécurité publique Ian Lafrenière en 2025, propose plusieurs mesures en matière de sécurité publique au Québec.

Il créerait notamment :

  • Un comité chargé de décider si des renseignements sur certains délinquants sexuels présentant un risque élevé de récidive doivent être rendus publics.
  • Un régime de divulgation pouvant comprendre le nom, la photo, une description physique, la municipalité ou la région de résidence et les conditions de libération. La diffusion serait limitée à trois ans et devrait inclure un avertissement contre l’autojustice.
  • Une interdiction de manifester à moins de 50 mètres de la résidence d’un député, d’un élu municipal ou d’un préfet élu.
  • Des interdictions, pendant une manifestation, concernant la possession ou la projection d’objets, de substances explosives, de pièces pyrotechniques ou de matières pouvant blesser, menacer, intimider ou endommager des biens.
  • Des pouvoirs de fouille et de saisie sans mandat lorsque la police a des motifs raisonnables de croire qu’une personne possède un tel objet.

Le projet de loi permettrait aussi au ministre de la Sécurité publique d’inscrire certaines entités sur une liste d’entités à dessein criminel. L’exposition publique de leurs symboles ou de leurs noms serait alors interdite, sauf dans des contextes comme le journalisme, l’éducation, l’art, la culture ou les procédures judiciaires.

D’autres mesures concernent :

  • Le partage de certains services policiers.
  • La création de régies de police autochtones pour gérer un corps de police commun.
  • La communication de certains renseignements policiers aux victimes de violence conjugale ou d’autres crimes.
  • La possibilité, pour une victime, de lire ses représentations écrites lors de certaines séances de la Commission québécoise des libérations conditionnelles.
  • La gouvernance du Bureau de la sécurité privée.

Le texte prévoit que le régime visant les délinquants sexuels entrerait en vigueur après l’adoption des règlements nécessaires.

Ce que cela signifie pour vous#

  • Les personnes libérées après avoir purgé une peine pour une infraction sexuelle pourraient faire l’objet d’une divulgation publique si le comité estime que la sécurité publique l’emporte sur leurs droits à la vie privée, à la liberté et à la sécurité.
  • Une personne visée pourrait présenter des observations écrites et contester la décision devant le Tribunal administratif du Québec dans les 60 jours.
  • Les personnes qui participent à une manifestation devraient rester à au moins 50 mètres du terrain où se trouve la résidence d’un élu visé.
  • La police pourrait fouiller une personne et son environnement immédiat sans mandat si elle a des motifs raisonnables de croire que cette personne possède un objet interdit lors d’une manifestation.
  • Des amendes seraient possibles :
    • de 250 $ à 1 250 $ pour une manifestation trop près de la résidence d’un élu;
    • de 500 $ à 5 000 $ pour la possession ou la projection d’objets ou de substances interdits;
    • de 1 000 $ à 5 000 $ pour l’exposition publique d’un symbole ou d’un nom interdit.
  • Les amendes seraient doublées en cas de récidive.
  • Les victimes pourraient recevoir certaines conditions de mise en liberté d’une personne soupçonnée d’un crime, lorsque ces renseignements sont nécessaires à leur sécurité.
  • Une victime pourrait demander à lire ses représentations lors d’une audience de libération conditionnelle, sauf si cela risque raisonnablement de compromettre sa sécurité ou celle d’une autre personne.

Coûts#

Aucune estimation officielle des coûts globaux du projet de loi n’est fournie dans le matériel disponible.

La mise en place du comité, la gestion des renseignements, les décisions de divulgation, les contestations devant le Tribunal administratif du Québec et les mises à jour pourraient entraîner des coûts pour le gouvernement et les corps de police.

Les municipalités pourraient aussi engager des coûts si elles intentent elles-mêmes des poursuites devant une cour municipale. Elles conserveraient toutefois les amendes perçues dans les poursuites qu’elles intentent.

Point de vue des partisans#

Les partisans pourraient soutenir que le projet de loi :

  • améliore la protection du public contre certains délinquants sexuels présentant un risque élevé de récidive;
  • donne aux personnes et aux familles des renseignements leur permettant de prendre des précautions;
  • renforce la sécurité des élus et des résidences privées;
  • facilite les interventions policières lors de manifestations où des armes, des substances dangereuses ou des objets incendiaires sont présents;
  • aide à combattre la visibilité publique d’entités associées à des activités criminelles;
  • améliore l’information transmise aux victimes;
  • favorise une organisation policière adaptée aux besoins de communautés autochtones.

Le mécanisme de décision par un comité et le droit de contestation visent aussi à encadrer la divulgation des renseignements.

Point de vue des opposants#

Les opposants pourraient craindre que le projet de loi :

  • porte atteinte à la vie privée, à la réputation et à la réinsertion sociale des personnes visées par la divulgation publique;
  • rende publics des renseignements sensibles alors que la personne a terminé sa peine;
  • accorde de larges pouvoirs au gouvernement et à la police pour établir une liste d’entités à dessein criminel;
  • limite la liberté d’expression et le droit de manifester, notamment avec la zone de 50 mètres autour des résidences d’élus;
  • permette des fouilles sans mandat dans des circonstances qui pourraient donner lieu à des abus ou à une application inégale;
  • crée de l’incertitude quant aux objets, symboles ou noms qui seraient interdits;
  • ne précise pas encore plusieurs éléments importants, qui seraient déterminés par règlement, notamment la définition d’un délinquant sexuel et les critères d’analyse du comité.